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Les Petites Filles Modèles
LIRE "LES PETITES FILLES MODELES" EN LIGNE:
(Veuillez cliquer sur le chapitre qui vous intéresse)
Ch. 1 : Camille et Madeleine - Ch. 2 : La promenade, l'accident - Ch. 3: Marguerite - Ch. 4 : Réunion sans séparation - Ch. 5 : Les fleurs cueillies et remplacées - Ch. 6 : Un an après - Le chien enragé - Ch. 7 : Camille punie - Ch. 8 : Les hérissons - Ch. 9 : Poires volées - Ch. 10 : La poupée mouillés -Ch.11 : Jeannette la voleuse - Ch. 12 : Visite chez Sophie - Ch. 13 : Visite au potager - Ch. 14 : Départ - Ch. 15 : Sophie mange du cassis; ce qui en résulte - Ch. 16 : Le cabinet de pénitence - Ch. 17 : Le lendemain - Ch. 18 : Le rouge-gorge - Ch. 19 : L'illumination - Ch. 20 : La pauvre femme - Ch. 21 : Installation de Françoise et de Lucie - Ch. 22 : Sophie veut exercer la charité - Ch. 23 : Les récits - Ch. 24 : Visite chez Hurel - Ch. 25 : Un évènement tragique - Ch. 26 : La petite vérole - Ch. 27 : La fête - Ch. 28 : La partie d'âne
Les Petites Filles Modèles, publié en 1858, et
illustré de 20 vignettes par Bertall, constitue le premier
volet de " la trilogie de Fleurville " qui comprend également
Les Vacances (1859)
et Les Malheurs de
Sophie (1860). Le livre n'est pas dédicacé, mais dans une
" préface " la Comtesse de Ségur explique que ses "
Petites Filles Modèles ne sont pas une création ; elles
existent bien réellement : ce sont des portraits ; la preuve
en est dans leurs imperfections mêmes. Elles ont des
défauts, des ombres légères, qui font ressortir
le charme du portrait et attestent l'existence du modèle.
Camille et madeleine sont une réalité dont peut
s'assurer toute personne qui connaît l'auteur. " En effet Camille et Madeleine de Fleurville sont bien
Camille et Madeleine
de Malaret, les propres petites-filles de la Comtesse. Quant à Madame de Fleurville, ce n'est pas sa fille
Nathalie, mère des
fillettes, mais elle-même, sautant ainsi une
génération. La Comtesse évoquant quand
même sa famille en précisant que Mme de Fleurville est
la sur de M. de Traipy (Émile de Pitray, mari
d'Olga ) et de Mme de
Rugès (son mari Eugène de Ségur)
! L'ouvrage est divisé en 28 chapitres, chacun
annonçant un événement heureux ou malheureux,
voire même tragique: c'est ainsi que va la vie pour Mme de
Ségur. Nous rencontrons deux fillettes, Camille et Madeleine qui selon
les termes de l'auteur sont "bonnes, gentilles, aimables". Camille a
8 ans, Madeleine 7, c'est à dire qu'elles sont d'un âge
où l'enfant a acquis une certaine autonomie et les
débuts d'une personnalité. Arrivent dans cet univers bien clos et douillet - nous
parlerions peut-être aujourd'hui de " milieu
protégé " - arrivent deux autres enfants, Marguerite de
Rosbourg (4 ans), dans des circonstances qui auraient pu être
tragiques, et Sophie (6 ans) l'enfant martyre entre les mains de sa
marâtre, Mme Fichini. Marguerite va vite se plier aux règles de la maison
surtout grâce à l'influence de ses " petites mamans ",
Camille et Madeleine. Elle n'est pas méchante, mais fait
parfois des sottises dues à son très jeune âge :
elle cueille les fleurs destinées à faire un bouquet
pour la maman, elle laisse sa poupée dehors et se la fait
voler par la méchante Jeannette. Ce sera plus difficile avec Sophie, facilement coléreuse
et désobéissante et habituée à mentir
pour échapper aux coups de sa belle-mère. On retiendra
l'épisode des fraises écrasés où Camille
pour défendre Marguerite s'oublie jusqu'à donner un "
soufflet " à Sophie, et l'épisode des hérissons
noyés. Comme l'enfant a sali sa robe en tombant dans la mare
où étaient les hérissons, Mme Fichini la fouette
avec une vigueur qui n'est pas sans rappeler la vigueur de Dourakine
fouettant Torchonnet dans L'Auberge de l'Ange Gardien. Cette punition
" aussi injuste que barbare " est réprouvée non
seulement par Mmes de Fleurville et de Rosbourg, mais
également par la bonne Elisa, liberté peu courante de
la part d'une domestique. Nous retiendrons aussi l'épisode des poires
volées - par Sophie bien sûr - celui du vin bu par
Palmyre, la fille du jardinier, larcin dont Mme Fichini accusera
Sophie bien entendu, etc.. Heureusement pour Sophie Mme Fichini part en voyage pour
plusieurs mois et confie Sophie à ses voisines. L'enfant est
heureuse, mais il lui faut un certain temps pour cesser de faire les
choses en cachette comme elle le faisait pour tenter
d'échapper à l'ire de Mme Fichini. Nous retrouverons
l'enfant dans Les Vacances et naturellement dans Les
Malheurs de Sophie. C'est, dans l'histoire de la littérature, une des
premières fois où la petite fille apparaît comme
héroïne, et dans ce livre comme dans pratiquement toute
l'uvre de la Comtesse de Ségur, ce sont surtout les
femmes et les petites filles qui sont les héroïnes, alors
que les pères sont souvent singulièrement absent -
comme l'était peut-être aussi Eugène de
Ségur. Ici, Monsieur de Fleurville est mort en se battant
contre les Arabes, Monsieur de Rosbourg a probablement péri en
mer (nous verrons dans Les Vacances qu'il n'en est
rien). Dans ce récit la Comtesse de Ségur fait un cadeau
à toutes ses petites lectrices: une merveilleuse poupée
et tout son trousseau dont elle nous fait un inventaire complet!: 1
chapeau rond en paille avec une petite plume blanche et des rubans de
velours noir; 1 capote en taffetas bleu avec des roses pompons; 1
ombrelle verte à manche d'ivoire; 6 paires de gants, etc,
etc.. Camille et Madeleine, et les autres fillettes auront
bientôt des émules, c'est Cosette (1862) de Victor Hugo,
c'est Alice de Lewis Carroll (1865). Par ailleurs on pourrait se demander si le héros
principal du livre n'est pas le Château des Nouettes,
décrit ici comme Château de Fleurville. Cette maison était pour la Comtesse de
Ségur à la fois un refuge loin de la vie mondaine de
Paris, et un rappel du château de Voronovo où elle avait
passé son enfance quand elle était encore Sophie
Rostopchine. Dans cet univers de Fleurville on voit outre la famille
des domestiques,
des paysans, des
aristocrates des
bourgeois, en fait toutes
les classes de la société; on y rencontre aussi la
maladie, la mort, des animaux et de la nourriture
! Dans l'univers de la Comtesse les garçons sont en pension,
les pères dans leurs garnisons ou sur les océans et les
mères à la maison avec les fillettes. Ce sont les
mères qui les instruisent, ou bien elles ont des
institutrices. Les mamans se font parfois aider d'ouvrages tels que :
"Éducation Maternelle, Simples Leçons d'une
Mère à ses Enfants" par Madame Amable Tastu,
publié chez Didier en 1852. Elles pouvaient aussi s'inspirer
des "Conseils aux Mères sur les moyens de diriger et
d'instruire leurs filles, par M. A. Théry, ouvrage
couronné par l'Académie Française, comme un des
livres les plus utiles aux moeurs, nouvelle édition refondue
et corrigée, 2 vol. in-18 jésus" publié au prix
de 7 francs par la Librairie de L. hachette (Notice parue dans
l'Illustration du 22 janvier 1859). Parfois les filles vont en pension - Sophie a moins de
préjugés contre les pensionnats de filles, surtout le
Couvent des Oiseaux (aujourd'hui 86, Rue de Sèvres à
Paris) que contre les pensionnats de garçons qu'elle
présente parfois comme les bagnes décrits par Dickens -
dont les oeuvres en français furent publiées chez
Hachette, l'éditeur de Sophie. (C'est d'ailleurs Nicholas
Nickleby que Charles Mac'Lance, le "bon petit diable" doit lire
à sa cousine, l'horrible mère Mac'Miche). Seuls trouvent grâce devant elle les Jésuites de
la Rue de Vaugirard (où son petit-fils Jacques
de Pitray, fils d'Olga
et d'Émile de Pitray, sans doute son gendre
préféré, fit ses études). Et Mademoiselle
Cunégonde Primerose - qui par bien des côtés
ressemble à Sophie - s'écrie, quand il est
décidé que Georges de Après
la Pluie le Beau Temps irait au collège:
"Georges, mon pauvre Georges! Est-il vrai que ton père veuille
te mettre au collège! Malheureux enfant! mais c'est
impossible! T'arracher à la maison paternelle!...Non, pauvre
victime, je ne permettrai pas une pareille cruauté. Viens avec
moi te jeter aux pieds de ton père et implorer sa
pitié." Quoi qu'il en soit, Les Petites Filles Modèles
est, avec Les Malheurs de Sophie, l'uvre la plus
célèbre de la Comtesse de Ségur et il n'est pas
étonnant que La Poste ait choisi ce thème pour le
timbre émis en 1999 pour le bicentenaire de la Comtesse de
Ségur (alors que Monaco préférait un portrait de
la Comtesse). Le timbre du bicentenaire (La
Poste) En 1952 Eric Rohmer a commencé un film qui n'a jamais
été terminé. Avec : Josette Sinclair (Mme de
Fleurville) - Josée Doucet (Mme de Rosbourg) - Olga de
Poliakoff (Mme Fichini) - (Information communiquée par une
correspondante.) Voulez
vous voir une image de ce film? En 1973 la Librairie Hachette a publié Les Petites Filles
Modèles avec les illustrations de Bertall
coloriées (Collection Vermeille).
(illustration de Bertall. Hachette. Bibliothèque
Rose)
* Un autre
"cadeau" sera fait aux petites filles dans Les Malheurs de
Sophie. Il s'agit d'une merveilleuse boîte à ouvrage
"en écaille avec de l'or" où il y avait "tout ce
qu'il fallait pour travailler, et tout était en or..."
La bonne Comtesse aime beaucoup les listes accumulatives - effet des
privations qu'elle a subies dans son enfance couplé à
sa générosité naturelle peut-être.
Toujours est-il qu'elle prend plaisir à nous donner aussi la
longue liste de ce que les fillettes apportent à
Françoise ("la femme Lecomte") et à sa fille Lucie. Il
y a "des tables, des chaises, des fauteuils, des tabourets, des
flambeaux, des vases, des casseroles, des cafetières, des
tasses, des verres, des assiettes, des carafes, des balais, des
brosses, des tapis, un pain de sucre, deux pains de six livres
chacun, une marmite pleine de viande, une cruche de lait, une motte d
beurre, un panier d'oeufs, dix bouteilles de vin, toutes sortes de
provisions en légume, en fruits, en saucissons, jambons, etc.,
etc."
La Maison des Oiseaux
(Pensionnat des religieuses de la Congrégation de Notre Dame,
Chanoinesses régulières de Saint Augustin) était
un établissement où l'on se proposait "de donner aux
jeunes filles une éducation basée sur une
piété solide, d'orner leur esprit de connaissances
utiles et de cultiver leur goût pour les travaux à
l'aiguille et les arts d'agrément. Les élèves
les plus avancées sont initiées par des leçons
spéciales à l'intelligence des chefs d'oeuvres de
l'art.
L'enseignement des langues vivantes (allemand, anglais, italien) et
des arts d'agrément (piano, chant, dessin) fait l'objet de
leçons particulières qui se payent à part..."
(L'Annuaire Universel)
Joyeuse farce jouée aux
professeurs du pensionnat Old Nick (Félix Lorioux)