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La Comtesse de Segur

Publié en 1860, avec 75 vignettes de Horace Castelli, le récit est dédicacé à Henri de Ségur, le fils d'Anatole et de Cécile Cuvelier.
Pour donner de la véracité au titre sans doute
Avant sa publication en librairie le récit parut dans La Semaine des Enfants à partir du n° 155 du 17 décembre 1859. Les illustrations sont également de Castelli dont certaines ne figurent pas dans l'édition Hachette.
On y voit un animal tour à tour agréable et vindicatif, bon avec ceux qui le traitent bien, mais vindicatif et rancunier envers ceux à qui "il en veut". On le constate particulièrement dans son attitude envers le jeune Auguste qui se croit chasseur et dont le seul gibier est le pauvre chien Médor, ami de Cadichon.

Le triste retour de Médor (vu par Castelli)

Cadichon humilie Mirliflore! (Horace Castelli, Hachette, Bbliothèque Rose)

On le voit aussi dans son attitude devant "l'âne savant" Mirliflore. Non seulement il ridiculise son maître en laissant passer son orgueil et sa colère, mais en plus il lui fait perdre son gagne-pain en le privant de la recette sur laquelle il comptait.

Il rend de grands services, comme quand il sauve sa petite maîtresse Pauline d'un incendie Cette Pauline préfigure François le Bossu (1864) et Christine des Ormes, enfant négligée par ses parents. De Pauline la Comtesse nous dit : "Son père ne s'occupait pas d'elle; sa maman l'aimait assez, mais elle ne pouvait souffrir de lui voir aimer personne, pas même les bêtes". Or Pauline aime Cadichon. Nous lisons (chapitre7): "Ma petite maîtresse m'aimait beaucoup; elle me soignait, me caressait..." ou encore, et c'est Pauline qui parle: "tu es mon seul ami...". Après le triste épisode du médaillon (dans lequel Pauline avait mêlé quelques crins de Cadichon aux cheveux de sa mère, à la grande colère de cette dernière qui avait écrasé le médaillon à coups de talon), l'enfant dit à Cadichon: "On ne veut pas que je t'aime, mais je t'aimerai malgré eux et plus qu'eux parce que toi tu es bon..."


Cette scène nous fait peut-être un peu songer au Songe d'une Nuit d'Eté de Shakespeare, où la reine des fées, Titania, s'adressant à Bottom, affublé d'une tête d'âne déclare: "...mon oreille est amoureuse de ta voix, mes yeux sont captivés par ta forme, et la force de ton brillant mérite m'entraîne... à jurer que je t'aime."
Et plus loin: "Tu es aussi sage que tu es beau...je t'aime...viens avec moi; je te donnerai des fées pour te servir; et elles t'iront chercher des joyaux au fond de l'abîme..." (traduction de François Victor-Hugo).
Quand Pauline-Titania mèle les crins de Cadichon aux cheveux de sa mère dans un médaillon, n'est ce pas un joyau qu'elle lui offre?

Autre grand service: l'aide apportée au gendarmes pour l'arrestation des voleurs réfugiés dans les ruines d'une ancienne abbaye, il s'agirait, selon l'un de nos informateurs, de l'abbaye Notre-Dame du Bois à St-Evroult (localité située à une quinzaine de km à l'ouest de L'Aigle sur la D13).

[Cette notion de voleurs cachés dans un souterrain appartient sans doute à la tradition du "roman gothique" ou romantisme noir ou encore du roman picaresque. On la trouve en particulier dans Gil Blas de Santillane de Lesage (livre 1°, chapitre 3 et suivants). La Comtesse s'en seriait-elle inspirée?]

Le titres des derniers chapitres, XXII, XXIII et XXV sont révélateurs de la leçon de morale que réclamait l'éditeur:
- punition: on ne l'aime plus, et on parle même de le vendre au meunier qui lui fera porter de lourds sacs de farine.
- conversion: il décide de devenir bon et commence par être bon envers un autre âne qu'il méprisait et ne cessait d'humilier-
- réparation: * il se met au service du maître de Mirliflore pendant quelques jours pour lui faire gagner un peu d'argent.
* Il entend des voleurs qui préparent un mauvais coup et qui iraient même jusqu'au meurtre, et parvient à alerter les habitants du château.
* et enfin il sauve Auguste d'une noyade certaine

La dernière partie des Mémoires nous montre Cadichon vivant visiblement aux Nouettes. Les jeunes héros portent les noms des petits-enfants de la Comtesse.

**Même si Ségur n'a pas voulu décrire "un âne chrétien", Cadichon, âne protecteur, n'est il pas le descendant de l'âne biblique, celui qui, avec le boeuf, réchauffait les pieds du Nouveau Né dans la crèche ? C'est aussi un âne qui conduisit l'enfant en Egypte avec Joseph et Marie, lui permettant d'échapper au massacre des Saints Innocents. Et enfin, c'est un âne qui porte le Christ lors de son entrée triomphante à Jerusalem le jour des Rameaux.**

Une très libre adaptation a été publiée sous le titre The Story of A Donkey, illustré par Jane Handley. Editions E.J. Arnold, (Royaume Uni) dans la collection Bright Story Readers (pour enfants de 8 à 10 ans, (s.d.) 


C'est dans Les Mémoires d'un Âne qu'apparaît ce qui pourrait être un signe de l'antisémitisme ambiant de l'époque. La mercière qui vend aux fillettes des vêtements beaucoup trop chers pour la petite mendiante qu'elles veulent secourir se nomme, comme par hasard, Madame Juivet! Mais la Comtesse aime souvent donner des noms qui prêtent à rire à ses personnages, et "Mme Juivet" n'est sans doute pas pire que "Général Dourakine", "Torchonnet", "Mme Mac'Miche", "Moutonnet" et tant d'autres...


Cadichon en retraite au zoo de Besançon (photo Gaspard, 6 ans)

 

Ce récit reste l'un des plus connus de la Comtesse de Ségur et la petite ville d'Aube, dans l'Orne, où se situe le Château des Nouettes, a même fait ériger une statue devant la mairie à la gloire de Cadichon, dirait-on!

 Promenade à âne devant la Mairie d'Aube

* Le fond de cet écran est un dessin d'un élève de l'Ecole Comtesse de Ségur à Aube

Vous aimez les ânes? - Alors ne manquez pas de visiter le site de Cadichon et de ses amis


Ce sont les Mémoires d'un Âne que lit Malvina Delpeuch dans L'Orange de Noël de Michel Peyramaure (Robert Laffont, 1982)

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