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LES ANIMAUX

On rencontre une foule d'animaux dans l'oeuvre de la Comtesse de Ségur, c'est parfois une véritable ménagerie!

On pourrait pour chaque récit établir un catalogue des animaux qui y figurent. Par exemple dan Les Petites Filles Modèles nous trouvons:
- Des chevaux, d'abord les chevaux emballés de la voiture de Mme de Rosbourg, puis le cheval du bon boucher Hurel qui ramènera les fillettes de la forêt et que l'on retrouvera "ruisselant d'eau" après l'accident qui aura coûté la vie à son maître.
- Colimaçons en onguent pour guérir Mme de Rosbourg de sa blessure (sic)!
- Le chien Calino à qui les fillettes essaient de mettre au cou une couronne de pâquerettes et qui sera mordu par un chien jaune, enragé, lequel mordra aussi Marguerite soignée et guérie par Mme de Fleurville.
- Une famille de hérissons que le garde Nicaise va noyer.
- Un rouge-gorge nommé Mimi qui finit dévoré par...
- "un vautour ou un émouchet".
- un loup qui heureusement s'enfuit.
- une laie et ses sept marcassins qui terrifie les fillettes et les contraint à se réfugier dans un arbre.
- une troupe d'ânes pour une promenade suivie d'un déjeuner sur l'herbe.

Ces rencontres donnent l'occasion d'une leçon: les hérissons sont des nuisibles, un sanglier est très dangereux, surtout s'il a des petits, un rouge-gorge n'est pas doué de raison, etc.

 

Sophie a vécu une enfance entourée d'animaux : les 300 chevaux de son père, les 300 oiseaux (surtout des perroquets) de sa mère, et les animaux sont nombreux dans son œuvre.

Le plus célèbre de tous les animaux de la Comtesse est sans doute Cadichon (Mémoires d'un Âne).

Dans d'autres oeuvres on voit aussi des poissons rouges, des ânes, des chiens, des poulets, une tortue, des écrevisses, des ours, des loups, des chats, des abeilles, des sangsues, des singes, et même un éléphant...
Le chapitre intitulé
l'Écureuil dans Les Malheurs de Sophie est tout à fait remarquable. Il s'agit d'une véritable tragédie en trois actes. On y voit d'abord l'approche puis la captivité et enfin la mort de l'animal. Sophie est l'instigatrice du drame et son cousin Paul, l'aide ou l'accessoire, comme toujours soumis aux volontés et aux fantaisies de sa cousine.
Ce qui arrive à l'écureuil est aussi une leçon pour Sophie - et pour les petits lecteurs . S'il est fait prisonnier, c'est à cause de sa gourmandise pour les noisettes, comme la gourmandise de Sophie est immédiatement punie, par exemple dans l'épisode du pain des chevaux où Sophie se fait mordre par le poney en voulant garder pour elle une partie du morceau de pain destiné à l'animal.

Cet inventaire à la Prévert doit nous rappeler que les animaux de compagnie ou de ferme étaient plus utilisés et connus à l'époque de Sophie. Cependant nos prédécesseurs faisaient semble-t-il mois d'anthropomorphisme qu'aujourd'hui. Les animaux étaient là pour notre plaisir ou notre usage, et quand ils cessaient de vivre ils ne " mouraient " pas (verbe réservé aux humains), il " périssaient ". Quand Mimi disparaît les enfants lui font des obsèques et élèvent même, "avec l'aide du maçon, quelques briques formant un petit temple". Si l'abbé Jeufroy avait été là, cela lui aurait peut-être déplu comme lui avait déplu le "simulacre de tombeau" élevé dans leur jardin par Bouvard et Pécuchet!


Gribouille et le perroquet
Illustration de Horace Castelli pour La Sœur de Gribouille
(Bibliothèque Rose, Hachette, 1862)