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La Comtesse de Segur Publié en 1862, Pauvre Blaise est dédié comme Les Mémoires d'un Âne à Pierre de Ségur (fils d'Anatole et de Cécile Cuvelier).

C'est l'histoire d'un petit paysan de onze ans qui, grâce à sa piété, parvient à convertir la hautaine famille de Trémilly dont le père de Blaise est le concierge.

 


L'entrée du château (Horace Castelli, Bibliothèque Rose, Hachette)

Dès les premières lignes nous voyons la pauvreté de la famille Anfry : pour son déjeuner Blaise mange une tartine de pain et de lait caillé. Il s'inquiète des nouveaux maîtres qui vont arriver, cherchant à deviner s'ils sont bons ou mauvais. Il a entendu les domestiques craignant d'être grondés si " Monsieur Jules " (11 ans lui aussi) ne trouve pas son poney attelé à sa petite voiture. Montrant une maturité au dessus de son âge il en conclut que si de " grands garçons " ont peur d'un petit garçon de onze ans, c'est qu'il leur fait du mal. Et il n'a pas tort, Jules est odieux et ses parents bien aveugles! Ce thème de l'aveuglement des parents se retrouve d'ailleurs souvent dans l'oeuvre de la Comtesse: et si c'était une mise en garde qu'elle faisait à ses lecteurs adultes?


Voyez dans cette illustration de Horace Castelli toute la laideur de l'âme de Jules - avant sa conversion - reflétée dans son visage. Le Pauvre Blaise aura du travail.

Jules ne cesse d'être odieux avant sa " conversion ". L'auteur en profite pour mettre en scène divers animaux. Nous retiendrons l'épisode de l'éléphant, celui des sangsues, celui du chat, celui des poulets " Crève-Cœur ", " noirs avec une huppe blanche " nous dit la Comtesse de Ségur. Ces poulets appartiennent à Hélène, Blaise les a soignés, mais Jules, faisant semblant de croire que Blaise les a volés les jette dans la mare. Il s'agit en fait de poulet de la race originaire de Crèvecoeur en Auge dans le Calvados. Peut-être y en avait-il dans la basse cour de la ferme des Nouettes ? En tous cas cette race, fort à la mode au XIX° siècle semble avoir à peu près disparu.


Les "Crèvecoeur" (Magasin Pittoresque 1860)

 

C'est ce bon sens qu'il montrera tout le long de l'ouvrage, finissant par convertir d'abord Hélène, la fille du Comte, puis Jules et son père et enfin Mme de Trémilly, celle qui résiste le plus longtemps " au charisme " dirait-on aujourd'hui du " Pauvre Blaise ". Dans cette conversion du Comte et de Jules, la Providence joue un rôle capital en envoyant la maladie à Jules. " En proie à une fièvre violente " celui-ci délire et avoue tous les mensonges qu'il a proférés et toutes les misères qu'il a faites à Blaise.
Les deux enfants feront leur première communion ensemble. Le comte offre un bibliothèque de cent volumes à Blaise, ainsi qu'une médaille en or de la sainte Vierge "bénie par un saint prélat qui est devenu subitement aveugle". Il est évident que la Comtesse pense à son fils
Gaston, Mgr de Ségur.

Blaise porte un costume offert par le comte, mais, selon sa volonté expresse, moins beau que celui que porte Jules. qui déclare: "Oh non! Monsieur le Comte, pas pareil, pas si beau! ce se serait pas bien voyez vous. Le serviteur ne doit pas se vêtir comme le maître..."

Nous n'avons pas encore trouvé d'image représentant un costume de première communion pour un garçon de l'époque. Nous avons seulement découvert cette image de mode de 1859 (qui pourrait être l'année de la première communion de Camille de Malaret?)

[Il s'agit d'une robe d'organdi blanche à double jupe; la deuxième jupe est garnie de chaque côté de trois bouillons de mousseline, dans le milieu desquels peut passer un ruban de satin blanc, et, si on veut établir cette robe pour jeune fille dans d'autres circonstances, on mettra du satin bleu ou rose, ainsi que dans les bouillons de la pèlerine qui se pose sur le corsage; cette pèlerine est garnie d'un petit volant uni, bordée de dentelle très-basse. Le corsage est montant à plis suissesse et garni d'une dentelle ou d'une bande pareille à celle du volant. Manches bouffantes, fermées au poignet, lequel est orné d'un double revers en mousseline comme ceux de la pèlerine. Voile de mousseline des Indes.]

Le livre peut parfois être agaçant par l'abondance des larmes versées, par la piété qui peut sembler excessive de l'enfant, par la soumission aux " supérieurs ".

Aujourd'hui pourrait-on imaginer que Blaise épouse Hélène? Peut-être pas, mais à l'époque une telle mésalliance n'était même pas concevable bien sûr.

La conclusion est le bonheur pour tous après ces péripéties. Blaise deviendra l'homme de confiance du Comte de Trémilly, mais " jamais il ne perdit le respect qu'il devait à ses maîtres ". A vingt-huit ans il épouse la petite nièce du curé et comme elle lui apporte une dot de trente mille francs, que le Comte offre quarante mille francs à Blaise ainsi qu'une jolie maison dans le village et que la Comtesse de Tremilly meuble la maison et offre des robes pour les " fêtes et dimanches " à la jeune mariée, Blaise est bien récompensé en ce monde comme il le sera - en doutions nous ? - dans l'autre.

Pourrions-nous ajouter que c'est Pauvre Blaise que lit Carmen Cru dans l'Album de Lelong "Rencontres du Troisième Âge" (Fluide Glacial) ?

 

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