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La Comtesse de Segur

 LIRE UN BON PETIT DIABLE EN LIGNE

 

 

Publié en 1865, Un Bon Petit Diable, illustré de 100 vignettes par Horace Castelli, est dédicacé à Madeleine de Malaret.


Charles Mac'Lance dévore le pain mollet de Mme Mac'Miche
Elle même boit le lait de Charles. Betty, souriante, observe la scène.

 

Le récit commence ainsi : " Dans une petite ville d'Ecosse, dans la petite rue des Combats, vivait une veuve d'une cinquantaine d'années, Mme Mac'Miche. Elle avait l'air dur et repoussant " . Plus loin la Comtesse de Ségur nous dit : " elle était d 'une avarice extrême ".

Elle est la cousine et la tutrice d'un orphelin d'une douzaine d'années, Charles Mac'Lance, " le bon petit diable ". Elle maltraite l'enfant, le privant de nourriture et le rouant de coups au moindre prétexte. Évidemment Charles essaye de se venger en lui jouant des tours pendables et en exploitant les superstitions de sa cousine qui a très peur des fées et du diable. Betty, la servante, qui a pitié de lui, double ses fonds de culotte avec une vieille casquette du défunt père Mac'Miche pour qu'il ne souffre pas du fouet et même l'aide à mystifier l'horrible cousine en collant des images de diables sous le kilt du jeune garçon!


"Charles, qui n'était pas tout à fait mort, fut pris de convulsions"

Ces envies de vengeance sont combattues par Marianne Daikins et surtout Juliette, autres cousines de Charles. Juliette est aveugle, une aveugle d'une piété et d'une bonté exemplaire, forcément inspirée par Mgr Gaston de Ségur, fils de la comtesse et qui perdit la vue à l'âge adulte. Par la bouche du juge l'auteur nous dit que la douceur de Juliette est " un peu indolente ". Serait-ce ce que pense la Comtesse de Ségur de son fils ? Et quand elle fait dire à Betty parlant de Charles " Tu es un vrai salpêtre ! un torrent ! un volcan ! " se décrit-elle elle même ? Toujours est il que cécité égale douceur et résignation, alors que le sourd du récit est l'horrible sonneur, concierge et surtout fouetteur de chez Old Nick - excellent fouetteur car ne les entendant pas il ne se laisse pas attendrir par le cris des enfants !


Charmante scène de révolution chez Old Nick

Pour donner un air d'authenticité au récit, l'auteur le parsème d'un bon nombre de mots en anglais - d'une qualité parfois discutable comme quand elle parle de " peace justice " ou de " fairy's ring " au lieu de au lieu de " justice of the peace " ou de " fairy ring ". C'est Nicholas Nickleby (paru en 1839) que l'enfant doit lire à sa redoutable cousine. La cousine Marianne Daikins se nomme parfois " Mary " L'hospice pour les indigents est nommé " workhouse ". Mme Mac'Miche reproche à Betty d'être immobile " comme un constable ". Cette même Betty devient parfois " Mistress Betty ", Celui qu'elle épousera plus tard s'appelle Donald et l'ami de celui-ci, Ned. Une pauvresse que recourent Marianne et Juliette c'est " la femme Aubrey ", la ferme que Charles exploitera c'est " la ferme Cedwin ", l'architecte domicilié à Castel-Oie qui veut donner sa fille Lucy en mariage à Charles s'appelle " M. Turnip " - Lucy finira par épouser " Old Nick Junior ", et elles sera malheureuse. Il y a un médecin du nom de " Dr Killer " (c'est à dire " tueur " !). Un ami qui prendra en charge les intérêts de Charles est le mal-nommé M. Blackday (journée noire !) et le juge menace Mme Mac'Miche de " l'attorney " et une localité se nomme " Dunstanwell ", non qui n'existe pas mais qui n'est as invraisemblable, car il signifierait " la source de St Dunstan " Nous avons aussi la recette pour se débarrasser des fées qui ici ne sont pas les être bienveillants que l'on décrit habituellement, mais les méchantes " banshees " des légendes écossaises et irlandaises. Tellement dangereuses qu'il vaut mieux dire " les dames " que " les fées " en parlant d'elles.

Tout n'est cependant pas en harmonie avec cette d'Ecosse de fantaisie. C'est ainsi que la mère Mac'Miche ne prend pas du porridge ni du thé au petit déjeuner, mais du café au lait avec un pain mollet ! Il est vrai que Marianne propose au juge - dont elle deviendra la femme - une tasse de thé, et que Betty et Donald se réconfortent avec un petit verre de whisky, boisson probablement presque inconnue en France à l'époque.

Madame Mac'Miche qui ne pense qu'à l'argent, nie avoir reçu cinquante-mille francs du père de Charles pour s'occuper de l'enfant. Comme en d'autres occasions la Comtesse de Ségur montre parfois une certaine incohérence dans les détails de son récit. Ainsi le papier faisant de Mme Mac'Miche la tutrice de Charles est il daté du 12 juillet 1740. Or si Charles existait alors comment pourrait il lire Nicholas Nickelby à sa cousine puisque le roman de Dickens n'est paru qu'en 1839, il aurait eu alors au moins 99 ans !

Bien sûr Mme Mac'Miche veut s'emparer de la fortune considérable de Charles et l'idée même d'avoir à rendre des comptes de tutelle la rend folle.

Pour se débarrasser de Charles elle le met en pension à Fairy's Hall - drôle de choix pour quelqu'un qui a peur des fées que ce " Château des Fées " , chez Old Nick - un autre des noms du diable en anglais. Mme de Ségur affuble d'aileurs le père Old Nick d'invraisemblables prénoms, qui n'ont rien d'écossais puisqu'il se prénomme Pancrace-Babolin-Séphir-Rustique (tout cela avec des traits d'union!) C'est un horrible bagne d'enfants, bien pire que l'Institution des Jeunes Savants des Deux Nigauds et visiblement inspirée par Dickens dont les œuvres traduites en français sont éditées chez Hachette, comme celles de la Comtesse de Ségur. Betty suivra Charles chez Old Nick et l'aidera à se faire renvoyer de l'établissement où sévit un certain Boxear, qui sait en effet boxer les oreilles des enfants !

Madame Mac'Miche s'éteindra dans son sommeil, mais après un délire - la Comtesse de Ségur fait souvent délirer ses personnages (comme dans Pauvre Blaise ou Le Mauvais Génie ), mais en général ils se repentent une fois la crise passée.


Invraisemblable délire de Mme Mac'Miche - Betty et Donald "veillent"

Ce n'est pas le cas ici. Toutefois, Charles héritera de la grande fortune que lui vaudra l'avarice sordide de la cousine. Marianne, devenant la tutrice de Charles, gérera sa fortune jusqu'à sa majorité. Cette fortune Charles l'emploiera en grande partie à des charités. Il établira des soeurs dans le village, comme l'avait fait Dourakine.

Le Juge de Paix épousera Marianne malgré le très grand âge de cette dernière ! Comme le fait remarquer Charles : " Marianne ? se marier ? a trente-deux ans ? Ah ! ah ! ah ! Ce n'est pas possible. " Cela n'est pas sans rappeler la stupéfaction de Jean (Qui Rit) quand Kersac lui annonce qu'il va épouser sa mère, qui a " quelque chose comme trente-trois à trente-quatre ans ! ". Quant à Charles on lui propose plusieurs jeunes filles à marier, la sœur du maître d'école, la nièce du curé et Lucy Turnip mentionnée plus haut. Bien sûr, nous nous en doutions, c'est Juliette qu'il épousera, bien qu'elle ait deux ans de plus que lui et qu'elle soit aveugle.

 

Un Bon Petit Diable est le seul livre de la Comtesse de Ségur dont le héros principal soit un garçon. Il est donc naturel qu'il soit le favori des petits garçons plutôt que Les Malheurs de Sophie ou Les Petites Filles Modèles.

Madame de Ségur s'attaque ici à deux des choses qu'elle déteste le plus : les pensionnats pour garçons et les mauvais riches. La Comtesse de Ségur s'exprime par la bouche de Marianne : " Malheur aux riches…qui aiment leurs richesses ! C'est là le mal et le malheur ! C'est d'aimer cet or inutile ! C'est d'en être avare ! de ne pas donner son superflu à ceux qui n'ont pas le nécessaire ! "

 

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