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 On rencontre de nombreux étrangers dans l'oeuvre de la Comtesse. Elle même, née et élevée en Russie, habitant une France qui après les troubles de la Révolution, puis de l'Empire fait moins peur aux "touristes", même si les Anglais n'ont pas encore inventé le mot. Le pays commence à s'ouvrir aux visiteurs étrangers, pas toujours bienvenus.
La Conquête de l'Algérie nous offre des Arabes. Le portrait qu'en trace la Comtesse est très négatif.
Dans
Diloy le Chemineau on voit trois Arabes "méchants bédouins" que Diloy "travaille " avec une serpe pour sauver le Colonel d'Alban. Ce qualificatif n'a sans doute rien d'étonnant pour l'époque.

Ce sont aussi des Arabes qui attaquent le Colonel Duguesclin et qui sont mis en déroute par Julien (Le Mauvais Génie).

Les Anglais : Nous sommes encore bien loin de "l'Entente Cordiale " qui ne sera signée qu'en 1904 et "l'ennemi héréditaire ", c'est encore l'Anglais. Les portraits que dresse la Comtesse de Ségur de nos voisins d'outre Manche ne sont guère flatteurs. Ceci, outre l'ambiance générale en France est également du à des raisons personnelles:
D'abord les Anglais lui ont "enlevé" ses chères petites-filles Camille et Madeleine de Malaret partis avec leur parents, Paul et
Nathalie rejoindre le poste que Paul allait occuper à l'Ambassade de France. La Comtesse leur rendra visite et on lira ses souvenirs de Londres dans sa Correspondance (voir bibliographie)

Ensuite la Guerre de Crimée posait un cas de conscience à Sophie: Elle était devenue française, mais son frère André se battait dans les rangs russes. Cette guerre avait donc deux catégories de héros: les héros vainqueurs, les Français, et les héros malheureux, les Russes. Il fallait donc un traitre dans cette tragédie: il était tout trouvé et c'était bien sûr l'Anglais!

Dans Les Deux Nigauds on voit dans le train "un grand Anglais à longues dents " et la nourrice présente dans le compartiment a vite fait de le cataloguer :

" Ah ! Vous êtes un milord, vous ! Ne vous mêlez pas de nos affaires, sil vous plaît. Quand les Anglais nous arrivent à la traverse, ils font toujours du gâchis ! ".

Pendant la Guerre de Crimée (1853-56) nous sommes alliés des Anglais pour la première fois (un tableau de Horace Vernet au Musée d'Autun représente La Prise de la Tour de Malakoff : on y voit un officier Anglais, mais il est de dos !) et Moutier ne fait pas grâce à nos alliés : " Nous nous sommes battus comme des lions. Je ne parle pas des Anglais qui... se sont trouvés en retard parce que leur pouding et leur rosbif n'étaient pas cuits... J'ai dégagé un canon anglais. Beau mérite ! Il ne valait pas la douzaine de pauvres diables que j'ai tués pour le ravoir. " (L'Auberge de l'Ange Gardien)
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Les Anglais en Crimée, vus par J.-A. Beaucé (Musée des Familles, Juillet 1855)

Un autre portrait d'un Anglais ? On le trouve dans Jean qui Grogne et Jean qui Rit. Abel pour faire une farce à Jeannot "mit son chapeau en Colin " (* en arrière à la façon de Colins de l'opéra comique), comme un Anglais, allongea sa figure, prit un air raide et compassé, marcha les pieds un peu en dedans, les genoux légèrement pliés, et entra chez l'épicier " où il s'exprime "avec un accent anglais très prononcé et très solennel ".

Mademoiselle Albion, institutrice des enfants dans Les Bons Enfants est "une Anglaise à longues dents "*, partisane d'une méthode sévère d'éducation : " Je croyais qu'une pénitence fait toujours bien aux enfants " ce qui fait dire à la petite Sophie, l'une des héroïnes du livre : " Je n'aime pas les Anglais et jamais je n'apprendrai l'anglais. "
*
[Cette réputation qu'avaient (qu'ont ?) les Anglaises d'avoir de grandes dents reçoit l'aval d'Hippolyte Taine - pas un auteur particulièrement facétieux - qui rentrant de son voyage en Angleterre en 1858, affirme : " Les Anglaises ont de grandes dents parce qu'elles mangent beaucoup de viande ". Il ajoute " elles ont de grands pieds parce qu'elles marchent souvent dans les champs " !]

Quant aux marins anglais qui ont recueilli Lecomte après son naufrage, voici ce qu'il en dit : " J'ai été ramassé par un vaisseau anglais. Ces brigands m'ont ballotté pendant 6 mois avant de me mettre à terre... Au lieu de m'aider et de me vêtir, car... j'étais nu ces brigands se détournaient de moi avec un 'Oh ! Shocking ! Shocking ! " (Les Vacances).

Un seul Anglais trouve grâce devant Sophie, c'est Monsieur Georgey, mais, il le dit lui-même "oh ! Yes ! moi Anglais catholique, moi du pays d'Irlande... Vous voyez pas moi à l'église comme vous ? " Malgré tout, il passe pour un fou dans le pays, et son appétit, surtout pour les "turkeys", est phénoménal ! (Le Mauvais Génie).

Les Allemands. On commence à se méfier des Prussiens qui s'équipent militairement et deviennent une menace, la Comtesse souffrira plus tard de la guerre Franco-Prussienne . Ils sont assez détestables eux aussi. Il y a dans La Fortune de Gaspard Frölichen l'horrible industriel rival de M. Féréor (Les noms ne sont jamais innocents : Feréor = fer et or, du fer, symbolisant l'industrie, du fer on fait de l'or, ce qui évoque aussi l'alchimie et son côté satanique). Quant à Frölichen, même si son nom fait songer à l'allemand "fröhlich", il n'est ni gai ni joyeux!

Le laid Frölichen vu par un élève de l'École Comtesse de Ségur à Aube

Frölichen est "très grand, très roux, très rouge ", il parle avec un très fort accent germanique ; il est tellement ridicule que même dans ses lettres il garde son accent ! Il parvient à corrompre un des ouvriers de Féréor pour lui voler un secret de fabrication. Il a une fille de 16 ans, Mina, et il n'hésite pas, comme condition à l'arrêt de sa concurrence déloyale, à la contraindre d'épouser Gaspard, fils adoptif de Feréor..


Gaspard et Mina par un élève de l'École Comtesse de Ségur à Aube

Mina Frölichen, d'abord méprisée par Gaspard se révèle être exquise, victime d'un père abusif. Elle se fait aimer de tous, pratique la charité et donne deux enfants à Gaspard.

Une autre Mina, c'est la bonne de Christine des Ormes (François le Bossu). Elle est méchante, autoritaire, menteuse et voleuse. Elle finit tout de même par être renvoyée, trouve un emploi chez une princesse Valaque dont elle bat l'enfant. Le Prince la fait fouetter et elle passe un mois à l'hôpital. Le prince la garde à son service, et il ne se passe pas de mois qu'elle ne soit "vigoureusement punie pour des vivacités qu'elle ne peut entièrement réprimer... sa méchanceté se trouve ainsi justement et vigoureusement punie. "

Il y a une troisième Mina - à croire que la comtesse ne connaît pas d'autre prénom allemand ou à moins qu'elle n'ait été influencée par Minna von Barnhelm de Lessing (1767) qu'elle aurait peut-être lu ? - c'est la bonne de la Sophie des Bons Enfants, mais celle-ci est une "bonne bonne " et Sophie l'adore ! Elle parle mal le français et le méchant Léonce lui traduit mal ce que demandait la maman de Sophie, et elle arrive au salon avec un vase de nuit ! Soyez rassurés, Léonce sera puni.

L'attitude de la Comtesse de Ségur envers les étrangers est commentée par le Professeur Aimée Israel-Pelletier (University of Texas). Lire un résumé

Lire l'article complet (en anglais)


Mina humiliée (Les Bons Enfants, illustration de Ferogio, Hachette, Bibliothèque Rose)

 

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