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La Comtesse de Segur

 

 

 

 

 

 

Publié en 1862 illustré de 75 vignettes par Horace Castelli, Les Deux Nigauds est dédié à Armand Fresneau, fils d'Henriette de Ségur et d'Armand Fresneau.

La Comtesse de Ségur y déploie son antipathie pour Paris et les pensionnats. On fait connaissance avec des Polonais qui ont beaucoup combattu les Russes. La famille Rostopchine a beaucoup reproché à l'auteur cette sympathie pour les ennemis de la Russie.

Elle nous décrit avec finesse la société qui l'entoure, la campagne, la ville l'aristocratie et la petite bourgeoisie.

Il s'agit de l'histoire de deux enfants, " les deux nigauds " qui portent déjà des noms qui prêtent à rire : Innocent et Simplicie.

Ils habitent la campagne bretonne et veulent tous deux aller à Paris. Innocent veut aller en pension, surtout pour porter un uniforme, et Simplicie veut enfin connaître Paris.

Les parents, M. et Mme Gargilier, sont des bourgeois qui " font valoir " leurs biens. Plus tard dans le récit la Comtesse de Ségur les " anoblit " quand les enfants parlent de " Castel Gargilier " et surtout quand ils disent " Je veux retourner à Gargilier ". Eux ne veulent pas aller à Paris, mais agacés par les pleurnicheries des enfants finissent par les laisser partir accompagnés de leur bonne Prudence, encore un nom qui est tout un programme.

Leur voyage sera bien différent de celui de Jean qui Grogne et Jean qui Rit, mais tout aussi pittoresque. Ils rencontreront des Polonais comiques mais bienveillants qui baragouinent un français écorché - même quand ils sont seuls, comme Frölichen aura un accent allemand jusque dans ses lettres !

La description de ce voyage occupe les chapitres 2, 3 et 4 du récit.

On part d'abord en voiture - la voiture personnelle des Gargilier -, pour aller jusqu'à " la petite ville d'où partait la diligence qui devaient les mener au chemin-de-fer", c'est à dire à Redon.

De Redon ils vont jusqu'à Laval où ils prennent le train pour Paris.

C'est dans la diligence qu'ils ont pour voisins les deux Polonais qui seront leurs anges gardiens à Paris, mais aussi Mme Courtemiche et son horrible chien (nous les retrouverons plus tard au tribunal), ainsi que Mme Petibeaudoit, une bourgeoise réservée qui refusera de partager le repas proposé par Prudence " dont le langage et les allures ne lui convenaient guère ". En lui donnant un nom, et bien que le personnage soit à peine évoqué, la Comtesse de Ségur lui donne également la vie, vie qu'elle n'aurait pas eue si elle était restée anonyme, décrite, par exemple comme " une autre voyageuse ".

Le voyage en train se fait en troisième classe, les Polonais ayant pris les billets - avec l'argent de Prudence mais ils sont économes - et les autres voyageurs, dès la salle d'attente, ne conviennent pas aux enfants. " Comme on est mal ici !", dit Innocent, et Simplicie ajoute : " Il n 'y a que des blouses et des bonnets ronds ". Nous traduisons : que des ouvriers, des paysans et des paysannes. Beaucoup plus qu'aujourd'hui le vêtement distinguait les classes sociales. Dans les classes supérieures les femmes portaient la crinoline " qui vous écrase les genoux, qui vous serre les hanches, qui vous bat dans les jambes " : c'est ainsi qu'une " brave femme à bonnet rond " décrit cet article de toilette féminine à la mode sous le Second Empire.

Le compartiment de troisième classe est encore pire. En plus de Prudence, des deux enfants et des deux Polonais, il contient " trois nourrices munies de deux nourrissons chacune, un homme ivre et un grand Anglais à longues dents ", en tout dix personnes, sans compter les nourrissons couverts d'ordure et dont on pose les langes par terre pour qu'ils sèchent et perdent "leur odeur repoussante"!

L'ambiance de ce wagon de troisième classe est merveilleusement rendue par Castelli : On remarque la nourrice offrant un lange souillé à Prudence et l'Anglais qui se bouche le nez!!

Le train s'arrête au Mans. Il n'y avait pas de wagon-restaurant à l'époque et les voyageurs doivent descendre au buffet, alors toujours à prix fixe. L'arrêt étant très court, les voyageurs n'avaient pas le temps de consommer tout ce qu'ils avaient payé, d'où bénéfice supplémentaire pour le restaurateur qui servait aux voyageurs suivants ce qui était resté sur les tables ! C'était un procédé bien connu dans les premiers temps des chemins-de-fer. Seuls les voyageurs expérimentés - dont nos Polonais - savaient qu'il fallait manger très vite !

La Comtesse de Ségur, comme d'habitude accorde une grande place à la nourriture dans toute cette partie " voyage " du récit.

Voici ce qui a été consommé ou prévu :

Un rôti de veau " pesant cinq livres ". Consommé entièrement par le chien de Mme Courtemiche. Tout de même cela aurait fait pour Prudence et les deux enfants plus de 800 grammes par personne !

Un gros morceau de jambon
Des œufs durs
Des pommes de terre
Des galettes
" force poires et pommes "
Vin et Cidre

Au buffet la bonne et les enfants commençaient leur rôti quand il fallut remonter en voiture, aussi Prudence remplit ses poches de poulet, de gâteaux, de pommes…


Les Polonais dévorent (Horace Castelli, Bibliothèque Rose)

 

Une fois arrivés à Paris où la tante n'est pas venue les chercher, contrairement à ce qui avait été convenu, ils seront conduits, toujours par les Polonais dans un hôtel sordide où ils seront dévorés par les punaises…

Quand ils iront chez Mme Ambroisine Bombeck, leur tante, ils verront une femme très originale, mais prompte à se mettre en colère et à manier le fouet contre chien et chat et " soufflets " contre les enfants et cette pauvre Prudence.

La première journée à Paris, est encore une occasion de parler mangeaille et nous voyons ce que pouvait être le menu d'une journée ordinaire.

Petit déjeuner à l'hôtel, avec les Polonais, toujours affamés il est vrai :

Un pain de six livres
Un litre de café
Une cruche de lait
Une motte de beurre
Un sucrier plein

Le tout aura coûté huit francs (de la bourse de Prudence, bien entendu)!

Le sordide hôtel du 25 Rue de la Clé est aujourd'hui ce bel immeuble d'habitation :

A midi précises (chez Mme Bonbeck, qui " aime qu'on soit exact ") :

Un omelette
Un " grand plat de bœuf aux oignons "
Salade et fromage

A six heures précises (comme les temps ont changé !)

Un potage
Haricot de mouton
Salade
Pruneaux pour dessert

On a bu " peu de vin et beaucoup d'eau ", suivant le régime de la bourse de Mme Bonbeck " qui est maigre et souvent vide ".

Nous en apprécions d'autant plus sa générosité.

La tante, Mme Ambroisine Bombeck, qui demeure 15 Rue Godot, est une femme très originale, mais prompte à se mettre en colère et à manier le fouet contre chien et chat et " soufflets " contre les enfants et cette pauvre Prudence.


Le 15 Rue Godot (de Mauroy) aujourd'hui

Dans ce récit la Comtesse de Ségur nous montre ses talents comiques : c'est bien le livre le plus drôle de toute son œuvre. Elle nous montre aussi son peu de goût pour Paris et ses préférences pour la campagne. Nous avons eu un avant-goût du récit dans Les Bons Enfants. Dans le dernier chapitre nous avions fait la connaissance d'Innocent et Simplicie et la Comtesse nous promettait de nous conter leurs aventures.

C'està la campagne que chacun, y-compris les Polonais, de retour " à Gargilier " trouvera paix et bonheur.

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