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La Comtesse de Segur

 

 

 

 

Sophie les a beaucoup côtoyés surtout aux Nouettes.

Ils formaient la vaste majorité des Français. Il en est de bons et même de nobles de cœur (Blaise, Julien du Mauvais Génie, Diloy) ; mais aussi de mauvais (des voleurs comme les Léonard père, mère et fille) ou de ridicules (les Moutonnet dans Diloy). Ils ont parfois des noms à la consonance rurale ! : Germain, Mouchon, Frolet, Piret, Moutonnet.

Les Anfry (Pauvre Blaise), concierges du château de Trémilly et parents de Blaise sont de petites gens pleins de piété, de résignation, de mérite. Ils ont une grande force de caractère, mais "connaissent leur place". Le père donne des conseils de prudence à Blaise : ne pas se révolter, mais éviter la compagnie de Jules, mais si le Comte s'avisait de toucher à un seul cheveu de Blaise, le Père Anfry quitterait la place aussitôt. Blaise connaît bien sa place lui aussi. A M. de Trémilly qui veut lui offrir, pour sa première communion, "un habillement complet pareil à celui de (son fils) Jules ", Blaise répond "oh non ! non, Monsieur le Comte, pas pareil, pas si beau ! ce ne serait pas bien, voyez-vous. Le serviteur ne doit pas se vêtir comme le maître…laissez-moi commander mes habits comme si papa devait payer, et puis c'est vous qui payerez tout… "

Bonard (Le Mauvais Génie), est un brave homme mais pas très malin. Il refuse de pardonner à Frédéric devenu voleur sous l'influence d'Alcide mais finit par en être fier à cause de sa conduite héroïque. Son fils revenant chez ses parents revêtu de sa magnifique tenue de Chasseur d'Afrique, il le promène partout.. Sa femme est plus tendre, pardonne mieux et s'attache au petit Julien, orphelin que les Bonard ont recueilli "par charité" même si le travail qu'il fournit à la ferme lui méritent bien "les excellents choux et le petit salé" qui sont "tout ce que j'aime", dit Julien.

Frédéric était un superbe chasseur d'Afrique (illustration d'Emile Bayard).

Bournier (L'Auberge) Aubergiste cruel qui martyrise Torchonnet et essaie de tuer Dourakine pour s'emparer de sa cassette. Capitaine, le chien de Moutier manque de lui faire un mauvais parti, averti par son instinct.

Torchonnet c'est une espèce de Cosette mâle, dont le Thénardier est Bournier. (Les Misérables sont publiés en 1862, un an avant L'Auberge de l'Ange Gardien). Malheureusement, même si Moutier essaie de devenir pour un temps son Jean Valjean, Torchonnet ayant eu de trop mauvais exemples sous les yeux se conduit mal avec ses bienfaiteurs. Tout de même, grâce au curé et aux Frères (des Ecoles Chrétiennes) - donc à l'Eglise - il finit par devenir "un assez bon sujet " et trouve une place de commis dans une maison de commerce.

A ce propos, un autre Jean Valjean,c'estValentin de Comédies et Proverbes (1865). Certes le forçat libéré n'a pas l'épaisseur du personnage de Hugo, et il se reconnaît coupable, même si nous ne savons pas de quoi, mais dans le village où il travaille, il est respecté et aimé des enfants à qui il donne de bons conseils. Il est digne de Valjean quand, à un enfant qui l'interroge, "qu'est-ce donc que le bagne ", Valentin répond : " C'est l'enfer ! "

Beaucoup de ces paysans vivent dans la pauvreté, certains dans un grand dénuement. Blaise se nourrit de lait caillé "écarté " sur du pain, de pain, de fromage et de légumes, la viande c'est pour le dimanche et encore " il ne nous en faut pas beaucoup " dit Blaise à Jules, alors que son père a un emploi stable de concierge chez le Comte de Trémilly. Pire : Chez Jean (qui rit) on mange dans des débris de plats, de terrines ou d'assiettes et chacun boit dans le verre unique. La mère écrira (ou fera écrire) grâce au curé qui lui a promis "un timbre tous les mois ". Les enfants, âgés d'à peine quatorze ans, quittent leur Bretagne natale à pied pour chercher fortune à Paris. Sophie a sûrement vu des cas semblables quand elle séjournait à Pluneret, au château de Kermadio chez sa fille Henriette Fresneau. (propriété de UNIMETAL jusqu'à une date récente le château appartient aujourd'hui à des particuliers.

Elle a peut-être aussi rencontré des paysans aisés comme Kersac - qui finira d'ailleurs par épouser Hélène, la mère de Jean - même si celui-ci, d'abord surpris, finit par rire en disant : " Mais vous n'y pensez pas, monsieur ! Maman a quelque chose comme trente-trois à trente-quatre ans ! " démontrant encore à quel point la dureté de la vie faisait vieillir ces femmes prématurément. D'ailleurs à quoi Balzac pensait-il en écrivant La Femme de Trente Ans ?

(fond d'écran par William Henry Pyne, 1769-1843)

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