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proverbes

Publié en 1865 le titre de l'ouvrage désigne bien ce qu'il est : une suite de saynètes dont deux illustrent des proverbes. L'auteur le dédicace à sa petite-fille Henriette Fresneau, fille d'Henriette et d'Armand Fresneau. L'illustrateur en est Émile Bayard.

Dans l'ordre nous avons :

- On ne prend pas les mouches avec du vinaigre

- Le forçat ou à tout péché miséricorde (Lire ce texte en ligne)

- Le petit de Crac (lire ce texte en ligne)

- Les caprices de Gizelle (que l'on retrouvera en 1866 dans Quel Amour d'Enfant) (lire les Caprices de Gizelle en ligne)

- Le dîner de Mlle Justine. (Lire ce texte en ligne)

Dans On ne prend pas les mouches avec du vinaigre le cadre est aristocratique, "la scène se passe dans le château d Mme d'Ulsac " nous dit la Comtesse de Ségur Huit des neuf personnages sont des femmes ou des fillettes. Le seul homme est Guillaume, le vieux domestique. Tous les personnages ont un nom à particule - sauf Mademoiselle Octavie, institutrice des fillettes et Guillaume, bien sûr.

Il s'agit avant tout d'une histoire d'éducation des enfants. " les mouches ", ce sont les fillettes, le vinaigre, ce sont les méthodes d'éducation de Mme d'Embrun. Celle-ci a rapporté d'Amérique où son mari était ambassadeur une " ceinture de bonne tenue", consistant en une ceinture et des plaques de fer censées contraindre les petites filles à se tenir droites. Elle applique ces plaques à Berthe et Alice que leur maman a confiées à Mme d'Embrun pendant qu'elle était en voyage. Il s'agit d'une invention d'un certain Dr Schreber dont le fils fut le client de Sigmund Freud (fait rapporté par Marie-José Strich dans sa thèse La Comtesse de Ségur et Lewis Carroll) - voir bibliographie.


La ceinture de bonne tenue (Illustration d'Émile Bayard)

Par bonheur Clémence et Mathilde, leurs cousines sont confiées à Mlle Octavie, et elles font tout ce qu'elles peuvent pour protéger Berthe et Alice. Après le retour de la maman, tout s'arrange, mais Mme d'Embrun est ulcérée quand elle quitte la maison.

 

Dans Le forçat ou à tout péché miséricorde le héros, Valentin, est un ancien forçat repenti - grâce à des missionnaires venus prêcher au bagne -qui s'est installé dans un bourg où il exerce la profession de menuisier. Il est estimé de tous, même des gendarmes chez qui il est censé se rendre régulièrement pour faire viser son permis de séjour. Non seulement exerce-t-il une profession honorable, mais en plus il donne de bons conseils aux enfants.

La némésis se présente sous la forme d'un ancien " compagnon de chaîne " aux galères de Brest qui est un forçat évadé du nom de Rondebeuf dit " L'Ermite ". Valentin lui donne toutes ses économies, mais il ne s'en contente pas et va voler de l'agent chez Mme Clopet. Il est arrêté et en se débattant il tente de donner un coup de couteau au brigadier. Comme l'avait fait Gribouille (La Sœur de Gribouille) pour protéger un autre brigadier, Valentin se précipite et c'est lui qui est blessé et perd connaissance en s 'écriant : " Je te pardonne, l'Ermite ! ".

Valentin et le forçat évadé (illustration d'Emile Bayard)

Le médecin qu'on est allé chercher applique les recettes de la Comtesse de Ségur : "il sonde la blessure, rapproche les chairs, verse sur la plaie du baume du Commandeur… ". Ce baume du Commandeur dont Le Grand Larousse Encyclopédique nous dit qu'il s'agit d'un " médicament dont l'invention est attribuée au commandeur de Permes, et qui est une teinture résineuse à base de tolu et de benjoin, qui laisse en s'évaporant une pellicule antiseptique. "

Contrairement au premier " proverbe ", la quasi totalité des personnages sont des hommes ou des jeunes garçons (entre 10 et 13 ans). La seule exception est Mme Clopet, victime du forçat évadé.

A noter que les personnages sont tous des roturiers. Il y avait certainement un châtelain dans le village, mais il n'apparaît pas.

La Comtesse de Ségur profite de cette occasion pour égratigner un bourgeois ridicule et totalement dépourvu de charité qui est l'adjoint au maire et qu'elle affuble du nom de " M. Pupusse " !

 

Le petit de Crac, c'est Léonce de Pontisse, 14 ans, qui raconte les mensonges les plus invraisemblables pour se faire remarquer et se mettre en valeur aux yeux de ses cousins et cousines.

Le titre s'inspire d'une comédie bouffonne de Colin d'Harleville (1791) intitulée " Monsieur de Crac dans son petit castel " personnage dont les aventures sont tirées de celles du baron von Münchhausen des Allemands. Tantôt il tombe par la fenêtre sur un omnibus, tantôt il se prend pour Jean Valjean et relève un cheval tombé dans la rue, tantôt c'est un ours auquel il s'affronte dans le corridor de sa maison, à moins que, mordu par un chien enragé il soit aussitôt guéri par un médecin qui passait là par hasard


Léonce terrasse un ours (Emile Bayard)

Il se guérira de cette dangereuse manie après qu'un autre énorme mensonge ait failli coûter la vie de sa sœur Gudule.

Encore une œuvre dont les personnages sont tous à particule.

 

Les Caprices de Gizelle (sic) se passe chez les Gerville, un couple de bourgeois dont la fille unique, Gizelle, une enfant de 6 ans est outrageusement gâtée -

C'est donc une histoire de parents aveugles et faibles comme dans Après la Pluie le Beau Temps et à un moindre degré dans François le Bossu. On retrouvera le même thème en 1866, avec cette fois ci une enfant nommée Giselle, dans Quel Amour d'Enfant.
Blanche, 15 ans et Laurence, 13 ans, sœurs de Léontine, mère de Gizelle sont les victimes quotidiennes de Gizelle.
Dans les propres termes de Blanche : " Léontine trouve tout ce que fait Gizelle est charmant et parfait…Et mon beau-frère est encore pis que Léontine ".
Pour donner une leçon à Gizelle, les tantes et leurs cousins venus en visite demandent à Gizelle de leur faire donner à goûter. Gâteaux compotes, fruits, Gizelle engloutit tout et a une sérieuse indigestion.


L'odieuse Gizelle!

Léontine veut faire enfermer ses sœurs au couvent de la Visitation, dans ce même couvent où se retirera Olga de Ségur et où seront préservés et où ils sont encore le cœur embaumé de la Comtesse de Ségur et celui de son fils Gaston.

 Il y a aussi Julie, bonne de Gizelle, hypocrite et menteuse qui cède toujours à Gizelle pour plaire à sa mère qui lui fait de beaux cadeaux. Elle fait donc partie des mauvais domestiques que décrit parfois l'auteur, à côté des bons domestiques comme Pascal, qui lui dit toujours la vérité. Il a été blessé d'un coup de sabre " quand il était à l'armée " (Guerre de Crimée ?) mais Gizelle s'écrie " Ça m'est bien égal vos os ! ". Indigné de la façon dont on traite Blanche et Laurence, il quitte la maison et va rendre compte de tout à Pierre, frère de Léontine et de Blanche et Laurence. Celui-ci, chef de famille prend ses soeurs sous sa protection.

Après leur départ et celui de Pascal, les coupables parents vont essayer la fermeté, mais vont ils tenir bon ?

La dernière réplique est de Léontine : " …Mon Dieu, donnez moi le courage de continuer ". On se demande si elle l'aura.

 

La dernière comédie s'intitule Le Dîner de Mlle Justine.

Il s'agit d'une histoire de mauvais domestiques, voleurs et gourmands employés chez des bourgeois fortunés, M. et Mme Gaubert. Ils ont fait d'Hilaire, 16 ans, le " bon " domestique leur souffre-douleur. C'est sur lui qu'il font retomber toutes les fautes qu'ils ont eux-mêmes commises.

La vaisselle est cassée, les provisions disparaissent, dévorées par les domestiques : confitures, biscuits, fruits, malaga, gâteaux,. Tout cela c'est la faute d'Hilaire.

Les domestiques lui offrent des gâteries pour le corrompre, mais il n'accepte jamais rien.

Jules, un domestique renvoyé quand on l'avait surpris tandis qu'il " prenait de l'or à pleines mains et le mettait dans sa poche ", a gardé des clés. Il loge dans son ancienne chambre - à l'insu des maîtres bien sûr. Voulant s'offrir un verre de malaga ou d'eau de vie il ne trouve rien car Hilaire, chargé des clés (curieux, à 16 ans !) a changé les objets de place car, dit Jules " il ne connaît pas les usages ".

Comme il a laissé un clé dans la serrure d'un meuble et qu'il a oublié son chapeau avec son nom à l'intérieur, les maîtres s'aperçoivent de sa présence.

M. et Mme Gaubert tendent un piège aux domestiques. Ils annoncent qu'ils vont dîner en ville et qu'ensuite ils iront " à Franconi". Il s'agissait d'un célèbre cirque dirigé alors par Victor Franconi, fondateur des cirques d'été et d'hiver à Paris. Peut-être était-ce dans ce même cirque que la Comtesse de Ségur avait envoyé Mme Bonbeck et Simplicie dans Les Deux Nigauds ?
Lire une petite histoire de Franconi et du théâtre du Chatelet

Les domestiques préparent un dîner fin (voir le menu dans nourriture).


Les mauvais domestiques se préparent à s'empiffrer!

Ils sont à moitié ivres quand les maîtres reviennent accompagnés de sergents de ville. Ils sont terrassés et emmenés.

Le mot de la fin appartient à M. Gaubert : " Prenez des serviteurs chrétiens si vous voulez être bien servis…. "

Dans cet ensemble, la Comtesse de Ségur applique totalement le style auquel elle nous a habitués dans ses autres ouvrages, à savoir une style dialogué, souvent plus proche du théâtre ou du scénario de films.


Les "comédies et proverbes" étaient à la mode du milieu du XIX° siècle. Destinées à être jouées en famille et avec des amis, ces oeuvres de "théâtre de salon" cherchaient certes à distraire, mais apportaient aussi une leçon de morale.

Citons quelques titres:
Pitre-Chevalier et Jules Verne (1852): Les Châteaux en Californie, ou Pierre qui Roule n'amasse pas Mousse.
J.J. Portat (1853) :Comme Frères, ou Tout est Bien qui finit bien.
Pitre-Chevalier (1856): L'Herbe qui Guérit tout, ou Il ne Faut désespérer de Rien.

Nous retiendrons surtout Alfred de Musset qui publie On ne Badine pas avec l'Amour , Il ne faut Jurer de Rien, Il faut qu'une Porte soit Ouverte ou Fermée, On ne saurait penser à tout, (respectivement en 1834, 1836, 1845 et 1849)...

La Comtesse aurait peut-être trouvé Musset "un peu leste" comme en témoigne la légende de ce dessin de Marcelin paru dans un numéro de Le Journal pour Rire des années 1860.

La légende dit : " Comprenez donc, messieurs, que vous ne pouvez jouer les proverbes d'Alfred de Musset devant de jeunes personnes..."

 

 

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