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(Veuillez cliquer sur le chapitre qui vous intéresse)

Ch. 1 : L'arrivée - Ch. 2 : Les Cabanes - Ch. 3 : Visite au moulin - Ch. 4 : Biribi - Ch. 5 : Rencontre inattendue - Ch. 6 : Naufrage de Sophie - Ch. 7 : Nouvelle surprise - Ch. 8 : La mer et les sauvages - Ch. 9 : Suite et délivrance - Ch. 10 : Fin du récit de Paul - Ch. 11 : Les revenants - Ch. 12 : Les Tourne-Boule et l'idiot - Ch. 13 : La comtesse Blagowski - Ch. 14 : Denier chapitre.

La Comtesse de Segur

Les Vacances, deuxième volet de " la trilogie de Fleurville " a été publié en 1859, orné de 36 vignettes par Bertall.

L'ouvrage est dédié à Jacques de Pitray, fils du Vicomte Émile de Simard de Pitray et de la Vicomtesse née Olga de Ségur. Jacques fut peut-être le petit-fils préféré de la Comtesse de Ségur.

Dans cet ouvrage on rencontre un véritable foisonnement de personnages dont certains figuraient déjà dans Les Petites Filles Modèles,

Camille et Madeleine de Fleurville

Marguerite de Rosbourg

Mme de Fleurville

Mme de Rosbourg,

Sophie de Réan-Fichini,

M. de Rugès (Ségur)

M. de Traypi (Pitray)

Léon et Jean de Rugès

Jacques de Traypi

M. de Rosbourg

La mère Léonard, son mari et leur fille Jeannette

La mère Diard (fermière)

Le garde Nicaise,

Le régisseur Martin

La bonne Eliza

Le braconnier voleur Bernard

La femme Martin (à qui les Léonard ont volé une pièce de drap)

La fille Chartier (à qui Jeannette essaie de vendre le drap)

Lecomte dit " Le Normand ", sa femme Françoise et leur fille Lucie

Les Tourneboule (M. Mme et leur fille Yolande)


Les ridicules Tourneboule (illustration de Bertall)

L'idiot Relmot (Morel?)

La femme de chambre de la " Comtesse Blagowski " (ex Mme Fichini)

Un Polonais, le faux Comte Blagowski et même

Le Maréchal de Ségur (dans une histoire humoristico-scatologique dont l'auteur nous garantit l'authenticité !)

Et des personnages anonymes :

Des femmes de lessive, des paysans, les gamins du village, toute une troupe de sauvages, des marins anglais, des gendarmes, le curé du village et sa servante, des domestiques, un jardinier, des voleurs…

L'épisode le plus intéressant est peut-être celui où Paul et M. de Rosbourg font part de leurs expérience.
Comme la Comtesse avait offert un "cadeau" aux petites filles avec la poupée et son trousseau décrits avec tant de bonheur dans Les Petites Filles Modèles et avec merveilleuse la boîte à ouvrage des Malheurs de Sophie, c'est surtout aux petits garçons qu'elle offre ici un "cadeau" avec cette histoire de naufrage, d'île, de sauvages et d'aventures. Il s'agit d'une véritable "robinsonnade" avec naufrage, construction de cabanes, actes héroïques, aliments exotiques alors peu connus en France tels que noix de coco et dates et "une espèce de pomme de terre" (sans doute une patate douce). Il y a aussi des bananes, du poisson séché et "des fruits qui me sont inconnus" dit Paul. L'île est habitée par des sauvages - des "Peaux-Rouges" - qui a la vue des blancs sont remplis de frayeur, surtout quand M. de Rosbourg utilise une hache pour couper un arbre. Leur attitude devient vite une attitude de curiosité et de respect. Le commandant leur donne des ordres: "Arrière!" et comme il brandit sa hache en même temps les sauvages obéissent! Ils n'ont d'ailleurs pas l'air méchant, même s'ils manifestent une affection assez encombrante et dont il est difficile de se débarrasser. Le commandant, Paul et Lenormand fabriquent une hutte, et nul doute que la description de cette fabrication de fasse rêver plus d'un jeune lecteur de la Comtesse de Ségur. Les sauvages sont admiratifs, et d'ailleurs M. de Rosbourg leur apprend une foule d'autres choses. Nous avons là en quelques pages un résumé de la fonction civilisatrice des Européens, "the white man's burden" comme dit Kipling. Il faut bien entendu y a jouter la dimension spirituelle et avant que les naufragés ne repartent vers la civilisation, ils demandent et reçoivent le baptême.
Comme ils sont nombreux la cérémonie dure jusqu'à la nuit et le commandant "pouvait à peine se soutenir de fatigue"


Lenormand, M. de Rosbourg et Paul, avec le roi des sauvages (illustration de Bertall, Hachette, Bibliothèque Rose)

 On voit aussi des animaux : les chiens Biribi et Milord, des poissons, des papillons, des insectes (" ..soit une grenouille, soit un ver ou d'autres insectes… ") dit la Comtesse.

Elle en profite pour décrire d'excellents repas - toujours la nourriture ! Elle donne aussi des conseils de médecine pratique comme dans nombre de ses œuvres. C'est ainsi que nous apprenons la manière de sauver quelqu'un qui a été mordu par un serpent venimeux, l'emploi de " vésicatoire ", etc..
Il y a même de la "médecine vétérinaire". Pour débarrasser un chien de ses puces - en l'occurrence " Milord", le chien de chasse de M. de Traypi, on le plonge dans un bain d'eau d'aloès. La Comtesse nous apprend la recette: "un petit paquet de 5 grammes par litre d'eau". Si nous ne le savions pas encore, nous apprenons aussi que les chevaux n'ont pas de puces!

 Il s'agit donc d'une véritable " Comédie Humaine " et même si la psychologie des personnages est nécessairement sommaire et entière - on s'adresse à des enfants - et ne peut atteindre la variété de l'œuvre de Balzac (contemporain de la Comtesse), on y trouve, ici comme dans les autres œuvres, une remarquable peinture de la société de l'époque.
On peut regretter que toute l'oeuvre de la Comtesse de Ségur ne se déroule pas entièrement à Fleurville, mais en fait l'oeuvre y gagne en variété avec son millier de personnages appartenant à presque tous les milieux de la société du second-Empire. C'est dans Les Vacances que Mme de Rosbourg retrouve son mari qu'on croyait naufragé et où une lecture adulte montre que la Comtesse de Ségur n'était peut-être pas insensible aux "choses de la chair" selon l'expression de Claudine Beaussant (voir bibliographie): "Mme de Rosbourg se retira en riant avec sa femme"..."bientôt on entendit sonner le dîner: chacun s'apprêta à se rendre au salon. Mme de Rosbourg y entra radieuse, appuyée sur le bras de son mari."

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